197 : chosta

"L'entracte est annulé" nous annonce l'ouvreuse.
"J'espère qu'il est remboursé" lui répondis-je mais elle ne réagit pas.
L'annonce est répétée par hauts-parleurs puis : "Nous vous prions de ne pas applaudir entre les différentes pièces".
Voilà un concert qui s'annonce dense !
Au programme : Chostakovitch.

Comment ? je ne vous ai jamais parlé de Dimitri Chostakovitch (1906-1975), le plus grand musicien russe du XXème siècle (Prokofief ex æquo et l'international Stravinski mis à part) ? Si : ici !

De nombreux compositeurs étaient actifs pendant l'ère soviétique, mais seuls Chostakovitch et Prokofief n'ont pas vendu leur âme au stalinisme. N'ayant pas voulu ou pu émigrer, ils ont souffert de la censure, des humiliations, de l'ostracisme, car ils n'ont pas ou peu cédé à la tentation de plaire au (mauvais) goût de Staline et de ses sbires et à la servile bassesse de la sinistre Union des Compositeurs Soviétiques qui faisait la loi dans la vie musicale russe. Prokofief, mort le même jour que Staline, en a d'ailleurs plus souffert encore.

Je n'ai découvert Chostakovitch que relativement tardivement. C'était lors d'un concert dans une petite salle que je ne situe plus dans ma mémoire, où était donnée la sonate pour alto et piano. Tabea Zimmermann jouait l'alto et je garde le souvenir d'une découverte extraordinaire dont je la remercie encore.
Il y a eu ensuite l'écoute de ses magnifiques quatuors à cordes notamment le 8ème, le plus bouleversant, le plus beau quatuor que je connaisse.
Mais toute sa musique de chambre est incroyablement émouvante : elle resplendit d'une lumière indestructible malgré tristesse, angoisse, oppression, peur et désespoir, tous ces sentiments qu'il sait traduire par sa musique avec une rare humanité.

L'autre soir c'était sa sonate pour violoncelle et piano qui était le point culminant de la soirée. Elle était jouée par Sonia Wieder-Atherton (dont j'ai déjà fait l'éloge ici), et Elisabeth Leonskaja.
Cette œuvre magnifique, d'abord aussi échevelée que la violoncelliste, puis triste mais pleine d'espérance, enfin primesautière, est du Chosta typique !

Je n'avais jamais entendu cette pianiste de grande renommée. Elle a joué également la sonate pour piano numéro 2 que je ne connaissais pas non plus : une œuvre longue et difficile mais qui atteint souvent au sublime par son écriture mais aussi par le toucher de clavier particulièrement beau de cette pianiste.
Il y avait d'autres pièces notamment des transcriptions pour violoncelle et piano de quelques préludes. Ces différentes morceaux beaucoup plus courts n'en sont pas moins beaux.

On eut du mal à se retenir d'applaudir mais ce n'était pas possible : les courts intervalles entre les œuvres étaient comblés par des poèmes d'Anna Akhmatova enregistrés par cette grand poétesse russe, qui sut elle aussi ne pas plier sous le joug stalinien. On reparlera peut-être de celle-ci à l'occasion de la création prochaine de "Akhmatova" l'opéra attendu de Bruno Mantovani.
Un concert dense comme je vous le disais, un de ceux qui marquent pour longtemps.

PS.: je voulais vous mettre un extrait de la sonate pour violoncelle et piano mais les seuls extraits visibles sur youtube sont joués par une violoncelliste que je ne supporte pas !

4 commentaires:

maman a dit…

Ta culture musicale m'éblouit. Je t'aurai beaucoup admiré.

philippe-le-bel(ge) a dit…

quel talent !!!

cat a dit…

moi aussi je t'auraiS beaucoup admiré si j'y avais pensé ah ah ..quand on pense à la valeur d'un seul "s" !! non mais sans blague ce Roch quel talent et Shostakovich aussi .

Maman a dit…

merci, Cath pour ta correction, mais je peux écrire au présent de l'indicatif : je t'admire beaucoup et tu choisis ce que l' t' sous-entend