105 : centenaires

Si vous écoutez un tant soit peu la radio, vous n'êtes pas sans savoir qu'on fête cette année le centenaire d'Olivier Messiaen, né le 10 décembre 1908.
Ce que l'on sait moins, en revanche, c'est que l'on fête également dans le milieu musical le centenaire d'Elliott Carter, né le lendemain de la naissance de Messiaen, mais encore bien vivant !
Le 5 décembre dernier, Georges Benjamin, élève de Messiaen, compositeur et chef d'orchestre [c'roch'notes 55] proposait de rendre hommage à nos deux centenaires en dirigeant l'orchestre de Radio France dans la salle Pleyel récemment rénovée.

Pas mal, cette nouvelle salle Pleyel ! Bois blond sur blanc mat assez chic (mais le blanc pourrait bien virer au gris sale dans quelques années ...). Et surtout bien meilleure disposition des sièges car j'ai le souvenir de quelques concerts dans l'ancienne salle dans des conditions d'écoute et de vue qui laissaient à désirer !

D'Elliott Carter, Benjamin nous proposait "Three Occasions" en 3 parties comme son nom l'indique.
La première est un foisonnement sonore qui ne m'a pas convaincu. La troisième, écrite par Carter pour ses 50 ans de mariage, est assez ... ennuyeuse (!).
Seule la deuxième partie a retenu mon attention grâce à la riche et chaude sonorité d'un trombone solo posé sur le matelas moelleux des cordes.

De Messiaen, le choix de Benjamin s'est posé sur "Les Oiseaux exotiques" pour piano accompagné d'un orchestre où la couleur dominante est celle des bois, cuivres et claviers métalliques puisqu'il n'y a pas de cordes. Le piano était tenu par Pierre-Laurent Aimard dont je vous ai déjà parlé [c'roch'note 79].
On remarque encore ici l'incroyable richesse de timbre du piano messiaenique, de la plus sèche matité à la plus impressionnante résonance, du filet de note le plus ténu à l'explosion polyphonique la plus violente, et toujours cette rythmique implacable et si complexe ... mais je ne vais pas vous bassiner une fois de plus avec mon admiration pour Messiaen !!!

Ces deux œuvres étaient entrecoupées de deux pièces de Georges Benjamin (on n'est jamais si bien servi que par soi même !)

"Duet" pour piano et orchestre offre de très beaux passages en lents soupirs sur un fond rythmique un peu orientalisant et naïf, avec une partie de piano émouvante. D'autres passages, plus heurtés, renvoient à Messiaen, tout comme l'utilisation de toute l'étendue du piano, parfois doublé de la harpe ou du celesta.
On aurait aimé que cette pièce un peu trop brève aille un peu plus loin.

"Ringed by the Flat Horizon" a été écrite par Benjamin en 1980 alors qu'il n'avait que 20 ans . Il est doué, ce jeune élève, débarqué d'Angleterre 4 ans auparavant pour suivre l'enseignement de Messiaen !
On reconnaît bien sûr l'influence de son maître, mais il y a aussi une lumière cristalline assez "spectrale", et le traitement des violoncelles n'est pas sans évoquer Dutilleux. Quelques passages sont si violents que les percussionnistes s'en bouchent les oreilles et le final est explosif après un passage très lyrique.

Et le 10 décembre, nous retournions à Pleyel pour l'anniversaire de Messiaen !

Que dire de sa "Turangalîla-Symphonie", créée en 1949, œuvre monumentale, céleste et infernale ? Il faut aller la voir une fois dans sa vie au concert, car un disque est bien incapable d'en restituer fidèlement l'intensité, la dynamique et la richesse !
Il faut dire qu'on était servi : assis au deuxième rang des gradins situés derrière l'orchestre, nous étions pratiquement au milieu des percussionnistes, au centre, face au chef. Dans l'orchestre quoi ! Une expérience sonore et visuelle qu'on n'est pas prêt d'oublier !!! Aux Ondes Martenot : Tristan Murail [c'roch'note 6] en personne !
Le seul bémol : C.E. est un chef d'orchestre que j'ai toujours détesté, malgré sa renommée internationale. Je le trouve à l'exact opposé de ce que j'aime (chez Boulez par exemple) : discrétion, rigueur, précision, efficacité et ... humilité.
Mais la joie de jouer des musiciens de l'Orchestre de Paris était communicative !

1 commentaire:

cat a dit…

"On" est bien d'accord avec tout cela !! La turangalila (ortografe?) est "orgiaque" et donc "jubilatoire" .Je me suis dit que Messiaen avait oublié d'être chrétien pour écrire cette oeuvre ,mais ça ce sont mes obsessions personnelles!!